Catégorie : Notes de lectures

Nous lisons parce que, même si lire n’est pas indispensable pour vivre, la vie est plus aisée, plus claire, plus ample pour ceux qui lisent que pour ceux qui ne lisent pas.

— Antoine Compagnon

  • Ensemble c’est tout

    Ensemble c’est tout

    Quand il était enfant, il souffrait d’insomnie, cauchemardait, hurlait, l’appelait et lui soutenait que lorsqu’elle fermait la porte, ses jambes partaient dans un trou et qu’il devait s’accrocher aux barreaux du lit pour ne pas les suivre. Toutes les institutrices lui avaient suggéré de consulter un psychologue, les voisines hochaient la tête gravement et lui conseillaient plutôt de le mener au rebouteux pour qu’il lui remette les nerfs en place. Quant à son mari, lui, il voulait l’empêcher de monter. C’est toi qui nous le gâtes ! il disait, c’est toi qui le détraques ce gamin ! Bon sang, t’as qu’à moins l’aimer aussi ! T’as qu’à le laisser chialer un moment, d’abord y pissera moins et tu verras qu’y s’endormira quand même…

    Elle disait oui oui gentiment à tout le monde mais n’écoutait personne. Elle lui préparait un verre de lait chaud sucré avec un peu d’eau de fleur d’oranger, lui soutenait la tête pendant qu’il buvait et s’asseyait sur une chaise. Là, tu vois, juste à côté. Elle croisait les bras, soupirait et s’assoupissait avec lui. Avant lui souvent. Ce n’était pas grave, tant qu’elle était là, ça allait. Il pouvait allonger ses jambes…

    Philibert prenait toujours du chocolat au petit déjeuner et son plaisir, c’était d’éteindre le gaz juste avant que le lait déborde. Plus qu’un rite ou une manie, c’était sa petite victoire quotidienne. Son exploit, son invisible triomphe. Le lait retombait et la journée pouvait commencer : il maîtrisait la situation.


    – Hé, mais c’était il y a plus de deux siècles ! Les choses ont évolué depuis !

    – Changé, c’est indéniable. Évolué… Je… je n’en suis pas certain…


    Elle assembla des tuiles aussi fines que du papier à cigarette, figées, fripées, chiffonnées de mille façons, joua avec des copeaux de chocolat, des écorces d’oranges, des fruits confits, des arabesques de coulis et des marrons glacés. Le commis pâtissier la regardait faire en joignant ses mains. Il répétait : « Mais vous êtes une artiste ! Mais c’est une artiste ! »

    Le chef considérait ces extravagances d’un autre œil : « Bon, ça va parce que c’est ce soir, mais c’est pas le tout d’être joli… On cuisine pas pour faire du joli, bon sang ! »   Camille souriait en griffant la crème anglaise de coulis rouge. Hé, non… C’était pas le tout de faire du joli ! Elle ne le savait que trop bien…


    *Anna Gavalda, Ensemble c’est tout

  • Penser par soi-même

    Penser par soi-même

    Responsabilite et jugement

    Vous êtes « normal », une personne ordinaire. Ni un criminel, ni un idéologue, ni un monstre pathologique. Un jour, toutes les normes auxquelles vous étiez habitué s’effondrent. Dès lors, vous courez le risque d’être complice des pires choses. Comment l’éviter ? Comment distinguer le bien du mal ? Comment dire « non » ? En essayant d’évaluer la situation. Pour cela, explique Hannah Arendt, il faut penser – et penser par soi-même. Cet acte-là, dit-elle aussi, n’est pas réservé à une élite. Émettre un jugement et prendre ses responsabilités, chacun, quel qu’il soit, peut le faire. Encore faut-il en avoir la volonté…

    Hannah Arendt

    Je revendique le droit de penser autrement…

    Suivre le lien vers la parution

    considerations-morales

    Est-ce que notre aptitude à juger, à distinguer le bien du mal, le beau du laid, est dépendante de notre faculté de penser ? Tant d’années après le procès Eichmann, Hannah Arendt revient dans ce bref essai, écrit en 1970, à la question du mal.
    La question que Hannah Arendt pose est : l’activité de penser en elle-même, l’habitude de tout examiner et de réfléchir à tout ce qui arrive, sans égard au contenu spécifique, et sans souci des conséquences, cette activité peut-elle être de nature telle qu’elle conditionne les hommes à ne pas faire le mal ? Est-ce que le désastreux manque de ce que nous nommons conscience n’est pas finalement qu’une inaptitude à penser ?

  • Mes lectures sur liseuse

    Mes lectures sur liseuse

    On m’a offert une liseuse au début de l’été 2015. Cela fait donc six mois que j’expérimente cette nouvelle façon de lire. Ce que j’écris dans cet article ne concerne que moi et je n’ai pas l’intention d’obliger qui que ce soit à penser à ma façon — je dis cela au cas où les inconditionnels du livre papier décideraient de me lancer des tomates — Je veux juste partager mon expérience avec ce nouveau support.

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    J’aime les livres, j’aime lire, j’ai toujours aimé cela à des rythmes différents selon les périodes de ma vie, la lecture est quelque chose qui fait partie de mes jours, comme manger, aimer, écrire, courir et danser la Polka. À l’école j’avais toujours un livre dans la poche de ma veste, poésie ou roman, pendant mes études supérieures ces lectures ont laissé la place aux pièces de théâtre — j’étudiais l’art dramatique — et lorsque j’ai eu mes enfants en plus des livres dans les poches, j’ai commencé à me passionner pour les contes et les livres jeunesse illustrés. Impossible d’envisager le monde sans eux…

    Les mots m’ont façonnée, éduquée, apprivoisée, propulsée dans les étoiles. Je dis les mots, les phrases, les histoires, pas les supports (exception faite pour les livres jeunesse illustrés ou certains beaux livres à la présentation, la typographie, le grain de papier, les illustrations, très personnelles).

    J’ai commencé par remplir ma liseuse d’œuvres classiques gratuites que j’aime lire de temps à autre, puis j’ai acheté des « nouveautés » mais également des « classiques », des romans, recueils de nouvelles, essais, biographies, journaux, livres techniques. Je ne vais pas vous en faire la liste ici, ce n’est pas le propos de cet article, je veux juste vous parler de la lecture sur liseuse.

    liseuses

    CE que j’aime :

    1. Rapidité
      Une fois dans la boutique (librairie en ligne), je note le livre que je veux lire dans l’encart de recherche, il s’affiche avec sa couverture, son résumé, son tarif et des commentaires. Je clique « achat » et en quelques minutes le livre est disponible à la lecture sur ma liseuse. C’est un point important puisque je vis sur une île où il n’y a pas de librairie (il y a une toute petite bibliothèque, ce qui n’est déjà pas si mal vu le peu d’habitants que nous sommes à l’année). Pour aller chercher un livre je dois traverser l’île à vélo du sud au nord, faire une demi-heure de bateau, 20 minutes de voiture ou de bus… Sans compter que je dois intégrer les horaires de retour du bateau qui sont plus espacés en période hivernale. 1 bon point pour la liseuse
    2. Légèreté
      Je suis du genre à lire partout où je me trouve dès que j’ai une minute à moi et le poids des livres m’a parfois gênée, encombrée, d’autant plus qu’étant indécise ou lisant deux livres à la fois (roman/essai) il m’est arrivé de transporter plusieurs livres en même temps.
    3. Prix abordable
      À sa sortie le livre vaut entre 15 et 25 euros, en liseuse il est souvent en dessous de 15 euros, plus souvent autour de dix euros.
    4. Plaisir du choix
      J’ai été sur le continent faire un tour en librairie pour les cadeaux de noël, (il y a un nombre visuellement épuisant de nouveautés) j’ai compris tout le plaisir de chercher un livre et de le commander sur ma liseuse en buvant un café tout en regardant le coucher de soleil.
    5. Extrait
      Si j’hésite sur un livre je me fais envoyer un extrait et je lis les premières pages, histoire de voir si j’ai envie d’aller plus loin…
    6. Caractères à grossir…
      Depuis quelques années je mets des lunettes pour lire et écrire et j’avoue que me passer d’elles le soir en grossissant les caractères n’est pas désagréable, d’autant plus que je passe mon temps à chercher mes lunettes d’un bout à l’autre de la maison…
    7. Notes
      Je peux surligner à tout instant un passage que j’aime sans courir après mon éternel crayon de papier, je peux le relire à tout instant et le partager.

    Voilà pour terminer positivement cette année un petit résumé du plaisir que j’ai eu à lire sur une liseuse en 2015. Maintenant chacun est libre de ses choix, mais il y a tant de réticences peu vérifiées — si ce n’est la peur de certains de perdre leur pouvoir — à l’égard de ce support que j’avais envie de partager mon avis.

    Joyeux Noël !

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  • Manderley for ever

    Manderley for ever

    La magie des livres est une drogue, un sortilège, une échappatoire, aussi puissante, aussi envoûtante que le Pays imaginaire de Peter Pan.

    Manderley for ever

    J’ai lu cet été « Manderley for ever » de Tatiana de Rosnay et j’ai beaucoup aimé. Je ne suis pas particulièrement une lectrice de Daphné du Maurier et cette lecture ne m’a pas poussée à lire de nouveaux livres de l’auteur ; en revanche j’aime les biographies, on apprend beaucoup de choses sur les époques, la façon de vivre des gens, cela donne une autre vision que celle plus impersonnelle d’une page d’histoire.


    Le foyer, le milieu où naît Daphné du Maurier est extrêmement privilégié, elle pourrait se satisfaire d’une vie dans le luxe mais elle aspire à autre chose, elle créé, elle s’isole et invente des histoires — qu’on aime ou pas d’ailleurs — peu importe, ce qui est intéressant à découvrir dans le livre c’est son immense passion pour l’univers des mots, l’écriture d’un livre, une passion qui dépassera tout ce qui va traverser sa vie. On fait la connaissance de ses maisons — très importantes, très inspiratrices — de ces lieux où elle aime écrire ; on marche à ses coté et ceux de ses chiens dans les landes sauvages ouvertes sur l’océan.


    On est porté par son enthousiasme pour la littérature et son incroyable capacité à imaginer des histoires fantastiques. On découvre sa vie d’épouse, de mère, mais il est certain que Daphné du Maurier aura été avant tout un écrivain.

    Une remarquable biographie, bien documentée, qui se lit comme un roman.

    Dans l’opulence des présents, il y en a un pour Daphné qui aura une importance particulière. Il n’en a pas l’air, pourtant. C’est un simple cahier long et noir, de plusieurs dizaines de pages. Un journal intime. Écrire. « Rêver-vrai ». S’échapper dans son monde à elle, son propre Pays Imaginaire. Peter Pan lui tend la main. Kiki l’encourage.

    Lire quelques extraits en suivant le lien

  • La forêt en marche…

    La forêt en marche…

    Le végétal a-t-il une âme ?


    L’emplacement était superbe pour bâtir une ville. Il n’y avait qu’à déblayer les bords du fleuve, en abattant une partie de la forêt, de l’immense forêt vierge enracinée là depuis la naissance du monde. Alors abritée tout autour par des collines boisées, la ville descendrait jusqu’aux quais d’un port magnifique, établi dans l’embouchure de la Rivière-Rouge, à quatre milles seulement de la mer.

    Ce récit, « Wood’Stown », magnifiquement écrit par A.Daudet sert une histoire fantastique et surprenante qui pourrait servir à ceux qui défendent les forêts. Le végétal a-t-il une âme ?

    Suivez le lien ci-dessous pour la lire, la nouvelle est lisible en ebook et mis en ligne sur un site également à découvrir pour son travail autour des textes libres de droits.

    Microsoft Word – daudet_woodstown_source.doc – nouvelle-auteur-daudet-woodstown.pdf.

  • La place des livres dans ma vie

    La place des livres dans ma vie

    Les livres et les déménagements


    Passionnée de lecture depuis longtemps, j’ai amassé tant de livres qu’ils envahissent mon espace vital. Cela m’est devenu évident lors du récent déménagement, d’autant que nous réduisons notre espace de vie de 110 m² à 60m².

    Une question s’est rapidement posée : comment ranger les livres sans qu’ils envahissent tout l’espace ? Puis vint le temps des cartons, des cartons de livres, nombreux et pesants. Enfin il fallut assumer le regard accusateur, malgré un petit sourire en coin, de ceux qui aident gentiment au déménagement :
    — Un autre carton de livres ? De revues ?
    — Euh, oui, mais celui-ci est moins chargé…

    Conclusion n° 1 de ces derniers jours, ceux qui aiment les livres sont des bourreaux pour leurs copains déménageurs.

    D’où mes questionnements :

    La place des livres dans ma vie, dans ma maison ?
    Bien entendu je ne parle pas ici de caravane, de yourte, de tipi ou autre. Malheureusement, apprécier les livres et les bibliothèques nécessite souvent de vastes espaces de vie, des demeures généreuses, de grands appartements, de l’espace et des installations adéquates, ce qui implique des ressources financières, surtout avec les loyers exorbitants d’aujourd’hui, particulièrement en milieu urbain.


    Quelle est la place d’une maison dans ma vie ?
    Est-il possible d’aimer la lecture tout en étant nomade ? Comment concilier un mode de vie nomade ou de locataire, qui ressemble à une envie constante de mouvement comme la mienne, avec la passion pour la lecture, les livres, le papier, sans surcharger les amis déménageurs ? Sans devoir occuper un logement de 150 m² avec un loyer exorbitant.
    Conclusion n°2, pour posséder une belle bibliothèque, accessible et facile à organiser, il est nécessaire d’avoir de l’espace, ce qui est souvent synonyme de coût élevé.

    Vivre à l’intérieur ou à l’extérieur ?
    Privilégier l’espace fermé ou l’espace ouvert ?


    Je me questionne, bien que j’aie déjà choisi le petit logement. Modeste à l’intérieur, grandiose à l’extérieur ; à quelques pas de la mer, avec vue sur des champs où vivent quelques vaches, des faisans et des lapins en liberté, non loin de lagunes accueillant parfois un couple de cygnes, un héron et des aigrettes. J’écris depuis la terrasse où le soleil brille, en compagnie d’un ravissant rouge-gorge, d’un pinson et de quelques mésanges qui gazouillent gaiement leur avis sur la question.
    Habituellement encline à l’interrogation et à la réflexion approfondie avant toute décision, cette fois, sans hésitation, le jardin et la maisonnette ouverte sur le ciel et la nature ont eu ma faveur.


    Que faire de ma passion pour les livres ?
    Je suis consciente que nos déménagements ne sont pas terminés. De plus, j’ai l’intention de réaliser un jour mon projet de longue date, partir quelques mois avec un sac à dos, un crayon et de quoi lire.
    Ayant récemment décidé de publier mes textes en ligne au format ebook, je vais acquérir une liseuse. Cela serait plus professionnel de visualiser mes livres comme le font les lecteurs. C’est décidé, je franchis le pas. Ce n’est pas un grand saut, je me prépare mentalement depuis un moment (j’ai pesté contre le poids de certains livres cette année, leur rigidité, surtout le soir après une journée épuisante).

    Je conserve des livres qui me sont chers depuis longtemps, tels que les recueils de poésie, les contes illustrés, les albums photos et les livres d’art. Pour les romans classiques et les nouveautés, je préfère les lire sur une liseuse. En préparation pour le déménagement, j’ai effectué un grand tri, y compris un nettoyage de la poussière, et j’ai donné ou vendu certains ouvrages que je pensais relire un jour, un jour peut-être…


    Je vais attendre encore un peu avant d’investir dans une liseuse, car les frais de déménagement n’ont pas diminué au fil des ans. Cependant, dès que j’aurai fait l’expérience, je partagerai mon avis. Bon, à bientôt, un rayon de soleil m’invite à sortir…

    PS : Il ne faut pas oublier les bibliothèques et les médiathèques, des endroits merveilleux pour ceux qui aiment lire, sans pour autant posséder immédiatement les livres qu’ils consultent.