La littérature déconcerte, dérange, déroute, dépayse plus que les discours philosophique, sociologique ou psychologique, parce qu’elle fait appel aux émotions et à l’empathie. Ainsi parcourt-elle des régions de l’expérience que les autres discours négligent, mais que la fiction reconnaît dans leur détail.
Extrait de « La littérature, pour quoi faire ? » – Leçon inaugurale prononcée le jeudi 30 novembre 2006 par Antoine Compagnon
Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu. Il chante avant de s’envoler. — René Char
Quelques mots choisis, ceux du poète René Char, parce qu’il tenait sa lumière de sa liberté, ceux de Nina Berberova, parce qu’elle a vécu l’exil. Les poètes ont souvent fait lever l’espoir. Pour rendre hommage aux victimes des attentats, de Paris et d’ailleurs dans le monde entier…
Où l’esprit ne déracine plus mais replante et soigne, je nais. Où commence l’enfance du peuple, j’aime.
Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté.
Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir. Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.
— René Char, extraits de Poésies
Il arrive dans la vie de chacun que, soudain, la porte claquée au nez s’entrouvre, la grille qu’on venait d’abaisser se relève, le non définitif n’est plus qu’un peut-être, le monde se transfigure, un sang neuf coule dans nos veines. C’est l’espoir. Nous avons obtenu un sursis.[…] – Le roseau révolté
Rien n’est écrit d’avance, c’est nous qui créons l’avenir.
Sans la maison, l’homme serait un être dispersé. Elle maintient l’homme à travers les orages du ciel et les orages de la vie. Elle est corps et âme. Elle est le premier monde de l’être humain. Et toujours en nos rêveries, la maison est un grand berceau.
— Gaston BACHELARD, La Poétique de l’espace
De nombreux livres, réclamés par les petits, sont très variés et ont pourtant ce point commun : une maison est présente.
Ma petite maison 1, 2, 3, ma petite maison en noix 4, 5, 6, ma petite maison en réglisse 7, 8, 9, ma petite maison en œuf
La maison toute ronde
J’ai une maison toute ronde
Avec un escalier
Si vous voulez la visiter
Bougez les pieds
Une fois dans la cuisine
Des gâteaux, des tartines
Si vous voulez vous régaler
Claquez la langue
Filons dans le grenier
La sorcière croque des limaces
Si vous ne voulez pas en manger
Faites une grimace
Allons dans le jardin
Une tortue, des lapins
Si vous voulez lui faire des câlins
Bougez les mains (bis)
Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.
Nous ne pouvons recevoir la vérité de personne, nous devons la créer nous-mêmes.
Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs. Et ces désirs, il ne peut les éveiller en nous qu’en nous faisant contempler la beauté suprême à laquelle le dernier effort de son art lui a permis d’atteindre. Mais par une loi singulière et d’ailleurs providentielle de l’optique des esprits (loi qui signifie peut-être que nous ne pouvons recevoir la vérité de personne, et que nous devons la créer nous-mêmes), ce qui est le terme de leur sagesse ne nous apparaît que comme le commencement de la nôtre, de sorte que c’est au moment où ils nous ont dit tout ce qu’ils pouvaient nous dire qu’ils font naître en nous le sentiment qu’ils ne nous ont encore rien dit.