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Dialogue photo/texte

Rester du côté du soleil

Plus les jours passent et plus j’ai envie de guetter la lumière, à plus forte raison si elle s’amenuise.

À soixante ans on a franchi depuis longtemps le solstice d’été.
Il y aura encore de jolis soirs, des amis, des enfances, des choses à espérer. Mais c’est ainsi : on est sûr d’avoir franchi le solstice. C’est peut-être un bon moment pour essayer de garder le meilleur : une goutte de nostalgie s’infiltre au cœur de chaque sensation pour la rendre plus durable et menacée. Alors rester léger dans les instants, avec les mots. Le solstice d’été est peut-être déjà l’été indien, et le doute envahit les saisons, les couleurs. Le temps n’est pas à jouer ; il n’y a pas de temps à perdre. Avec les mots rester solaire. Je sais ce qu’on peut dire à ce sujet : l’essentiel est dans l’ombre, le mystère, le cheminement nocturne. Et puis comment être solaire quand l’humanité souffre partout, quand la douleur physique et morale, la violence, la guerre recouvrent tout ? Eh bien peut-être rester solaire à cause de tout cela.
Constater, dénoncer sont des tâches essentielles. Mais dire qu’autre chose est possible, ici. Plus les jours passent et plus j’ai envie de guetter la lumière, à plus forte raison si elle s’amenuise.

— Philippe Delerm, Rester du côté du soleil

Photographie à la une @Marie an Avel, Sur l'île d'Arz