J’écris d’un pays qui n’existe pas. […] Quand j’écris, je ne suis pas ici. Je ne suis pas non plus ailleurs. Je suis dans ce que j’écris, ou plutôt je suis ce que j’écris.
Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine. L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie.
Ce sont nos efforts pour saisir tous les aspects de la vie qui la rendent si passionnément intéressante. — Virginia Woolf
J’apprécie beaucoup les réflexions de cette auteure et je cherche en vain l’intégral de son journal. Passionnée par la lecture et l’écriture mais étant également assez bordélique, ne finissant jamais mes projets d’écriture ou si peu, étant en permanence assaillie par mon imaginaire et les vagabondages de mon esprit, j’admire ceux et celles qui ont réussi à maîtriser ce flot bouillonnant de la création. Qui en ont fait une œuvre structurée et pleine de richesse pour les autres.
Noter, consigner, écrire sans cesse car déjà la lumière a changé, car déjà la saison a basculé et la mémoire est si défaillante. Le détail s’est évanoui, les chatoiements de la vie s’estompent, comment faire pour garder tout cela ? Écrire un journal intime. C’est d’abord un journal, il faut donc qu’il soit inséré dans le temps, qu’il ait été tenu, sinon au jour le jour – nulla dies sine linea – du moins de manière régulière. Il doit respecter le calendrier, c’est là le pacte que signe celui qui écrit un journal :
Le calendrier est son démon, l’inspirateur, le conspirateur, le provocateur et le gardien.
Écrire son journal intime, c’est se mettre momentanément sous la protection des jours communs, mettre l’écriture sous cette protection, et c’est aussi se protéger de l’écriture en la soumettant à cette régularité heureuse qu’on s’engage à ne pas menacer. Ce qui s’écrit s’enracine alors, bon gré mal gré, dans le quotidien et dans la perspective que le quotidien délimite.
Pour soulever un poids si lourd Sisyphe, il faudrait ton courage. Je ne manque pas de coeur à l’ouvrage Mais le but est long et le temps est court. — Irène Némirovsky