Nouveauté 2020

Pour leur échapper – même si elle comprenait que c’était un comportement bienveillant – Louison avait fini par s’inventer une enfance qu’elle accommodait en fonction des personnes qu’elle croisait. Un exercice délicat qui lui avait permis de développer son monde imaginaire. Pour être honnête, elle n’avait pas eu besoin de s’inventer des pages de passé, quelques mots suffisaient à clore le soudain et généreux intérêt, son oreille attentive était beaucoup plus sollicitée que sa parole. Pour résumé, peu de gens s’étaient réellement intéressés à son enfance, très peu de gens s’étaient intéressés à elle avant Hélène. Mais c’est un trait humain vérifié, très peu de gens s’intéressent vraiment aux autres, à part, bonjour, bonne soirée, il fait beau, quel sale temps, passe-moi l’beurre, t’as pas cent balles, tu crèches où en ce moment ; très peu s’intéressent à leur environnement ; tu penses quoi de tous ces déchets qui bordent le rivage ? tu penses qu’il faudrait faire quoi pour ces arbres attaqués par la tempête cet hiver, on ne devrait pas les aider à se délivrer de leurs branches mortes ? tu crois qu’ils vont mourir ? tu crois qu’il y a quelque chose après la mort ? avant la naissance ? tes parents, ils t’ont aimé ? combien de baisers as-tu donnés dans ta vie ? t’en as pas marre de cette société qui laisse pleins d’humains au bord des routes ? t’aimerais qu’il y ait d’autres formes de vies ailleurs ?

Louison n’était pas dupe. Se taire sur son amnésie et sa mémoire défaillante avait été un exercice facile.

Avis de lectrices et lecteurs…


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