Quand je vois à la rentrée tous ces livres niaiseux qui envahissent les librairies alors qu’ils ne sont, quelques mois plus tard, plus bon qu’à se vendre au kilo.[…] Le pire ce sont les livres-express, les livres d’actualité : sitôt commandés, sitôt écrits, sitôt imprimés, sitôt télévisés, sitôt achetés, sitôt retirés, sitôt pilonnés. Les éditeurs devraient inscrire à côté du prix la date de péremption, puisque, ce sont des produits de consommation.
— Sophie Divry, La côte 400
Ci-dessous l’extrait d’un article de Catherine Serre paru en juin 2016 sur Diacritik. Une chronique que j’ai beaucoup appréciée l’an passé, et que je me fais un plaisir de partager au moment de la rentrée.
La littérature n’assume pas – en discours – d’être un produit de consommation, comme, par exemple, de reconnaître qu’elle a troqué son idéal littéraire contre un idéal marchand et qu’elle se formate aux lois du marché en standardisant ses genres selon des sujets formatés comme en paupérisant les formes narratives de son écrire. D’évidence, il y a une obéissance, pour ne pas dire une soumission, peut-être une forme de compromission nécessaire, obligée, contrainte de la littérature au marché, parce que la littérature qui n’épouserait pas ces standards et ces formats se donnerait moins de chance de se vendre, et donc de perdurer.
Et si le style vivait ailleurs ? Ailleurs que dans le mainstream qui a vendu son style au diable et ailleurs que dans l’amateurisme qui se prend pour écrivain.
Ayez le courage d’aller chercher les « autres » auteurs, ceux qui ne sont ni les vendus d’une littérature qui a perdu son âme ni les promoteurs de leurs anecdotes, ceux qui ont un projet littéraire, une vision de la création, une implication pour une langue qui secoue l’asservissement, un courage tous les jours de vivre pour une littérature riche, exigeante, fruit d’un énorme travail.
La musique a su nommer ses styles, peut-être cela lui assure-t-il la reconnaissance possible d’une diversité à travers une multitude de productions. On ne reproche pas à un musicien de trouver de nouvelles voies de diffusion. Il est facile en musique de séparer talent et diffusion. Un mouvement inverse est même à l’œuvre, quitter Universal est devenu un titre de gloire. Un peintre peut exercer et vendre depuis son atelier sans passer par une galerie.
Rien de tel en littérature. Pourquoi ? Si le grand éditeur ne vous choisit pas, vous n’êtes rien. Si le grand vous lâche vous devenez moins que rien, si vous gardez le petit, vous n’existez pas.
Il ne s’agit pas de dire que tout est bon dans la production indépendante (ce serait naïf), mais il est nécessaire de s’y perdre un peu pour y trouver de nouveaux repères, d’y exercer un œil critique qui accepte d’y lire la langue autrement, de détecter ce qu’on n’y cherche pas forcément, la trace ou l’évidence du style ou au contraire ce qu’on y déteste mais y exercer une présence active, à la découverte. Un peu de constance sera bien utile, car l’abandon par oubli serait tout aussi injuste que la découverte par engouement. Il faut suivre les auteurs et leurs évolutions. Devenir fidèle, garder un regard large et s’affranchir des genres.
Explorez les genres et prenez le risque d’analyser les langues qui y sont à l’œuvre, transmettez vos découvertes, soyez ouverts et accompagnez les auteur.e.s qui créent un style et une langue vibrante en prise avec l’histoire.
[…] Une vente moyenne d’un roman en France est (tous éditeurs confondus) autour de 350 livres. A partir de 1 000 exemplaires, vous pouvez être heureux, à 5 000 c’est le succès, vous pouvez envisager une édition en poche. Vous avez alors gagné 5 000€.
Je me demande comment évoluerait le monde si on supprimait toutes les histoires ? Romans, BD, Contes, Poèmes, etc. Pas utile les auteurs.es ? L’article en lien ci-dessous, parle des édités plutôt que des auto-édités. Son intérêt ce sont les chiffres dévoilés. Personnellement j’ai fait les marchés cet été et j’ai vendu mes livres, avec un « plus », j’ai rencontré les lecteurs et l’échange était plutôt agréable. Je suis auto-éditrice, je travaille en micro-entreprise. De toute évidence, c’est le meilleur choix — si on n’est pas une vedette des prix littéraires et Parisiens.
J’ai mon idée sur l’affaire, à la fin de l’article ils parlent du deuxième métier – obligatoire – de l’écrivain, en prenant des exemples d’auteurs reconnus, surtout d’auteurs disparus, ils oublient tout de même que l’époque a beaucoup changé, les conditions de vie, le monde du travail, etc. Ou je veux en venir ? L’écriture est un travail, un travail acharné si on veut aboutir à un résultat digne de ce qu’on nomme un bon livre. La mise en forme est également une partie non négligeable du travail, et que dire de la vente. Être auteure c’est être créateur au même titre qu’un artisan, un artiste peintre ou un musicien ; pourquoi ne parle-t-on pas de second métier pour eux ? Beaucoup moins souvent me semble-t-il…
Souvent la plume a remplacé l’épée ! Des vers chantés ou lus ont soulevé des foules ! Dans l’ombre, les poèmes furent et sont encore une manière de résister à l’occupation, à la répression, à toutes les formes d’oppression.
J’aime les mots, résistance, indépendance ; j’aime le matin, lorsque après un café chaud, je m’engage dans la petite allée bordée d’arbres — qui veillent généreusement sur nous — pour travailler dans notre petite fabrique d’éditions, même si les revenus oscillent et penchent parfois dangereusement vers le bas… Vivre, n’est-ce pas prendre des risques ?
[…] au dernier salon d’Angoulême, l’association des Etats généraux de la BD a d’ailleurs divulgué les résultats de son enquête annuelle, montrant que 53% des répondants ont un revenu inférieur au Smic annuel brut, dont 36% qui sont en dessous du seuil de pauvreté (et c’est pire pour les femmes !)
Je suis de la race de ceux qu’on opprime
Aimé Césaire
Sténographe de la Vie. – C’est tout ce que je veux que l’on inscrive sur mon monument (ma croix !) – Seulement, Vie avec majuscule, impérativement. Si j’étais un homme, j’aurais dit : de l’Être.
Une lecture que j’ai faite il y a peu pour essayer de comprendre le milieu de l’édition d’aujourd’hui, mais également pour essayer de définir mon choix de publication en tant qu’autrice. (éditée ou autoéditée ?)
Lagardère Publishing, qui fédère les maisons d’édition du groupe Hachette, a réalisé en 2007 un chiffre d’affaires de 2,13 milliards d’euros contre 1,43 en 2004. Cette croissance est en grande partie le résultat des extensions internationales du groupe qui se place ainsi au 6e rang de l’édition mondiale. Quant au deuxième groupe français, Editis, avec 760 millions d’euros de chiffre d’affaires, il est désormais la propriété de l’éditeur espagnol Planeta. Le discours qui a prévalu alors jusqu’à l’effondrement du groupe Vivendi au début des années 2000 tendait à faire des éditeurs, comme des auteurs, des fournisseurs de matière première que les industries numériques auraient eu la charge de transformer en produits culturels et de loisir. Si cette perspective appelle toutefois un usage mesuré, elle pose la question de l’évolution de la place de l’auteur dans les industries culturelles.
Nous sommes aujourd’hui davantage face à un travail de rédacteur multiple – dont les contributions s’entremêlent au fil des rééditions d’un même livre (ebook, broché, poche) – qu’en présence d’un travail d’auteur au sens strict.
Le statut de l’auteur comme créateur est mis en cause au travers de ces diverses pratiques.
Perdant son statut de créateur, ce dernier prend alors une fonction de : « fournisseur de contenus ».
Stars de l’édition – Editeurs – qui mène la danse ? Piston ?
On rappellera à ce sujet le canular qui a suivi la publication de « L’Institutrice » de Claire Chazal en 1997 : après avoir saisi le texte pour lui donner forme de manuscrit, les concepteurs de ce canular l’ont envoyé sous un autre nom d’auteur à différentes maisons d’édition… qui l’ont toutes refusé. Ces vedettes des médias sont en mesure de choisir leur éditeur et de négocier leurs conditions plutôt que l’inverse, elles n’ont donc pas besoin de « piston ».
En fait, l’idée reçue selon laquelle il faut être pistonné pour pouvoir être publié s’appuie beaucoup sur une représentation idéalisée de l’auteur. Celui-ci serait dégagé de tout ancrage social, construit en dehors de tout champ socio-professionnel et n’acceptant d’autre interlocuteur que la figure majeure de l’éditeur, de préférence patron de maison, dans une relation privilégiée, seul à seul. À voir du piston là où il n’y en a pas, le risque est fort de s’enfermer dans une posture de génie méconnu qui n’est sans doute pas la meilleure pour dénoncer la complaisance.
Plus souvent, l’accès à la publication relève d’un processus très implicite au fil duquel, à côté des qualités intrinsèques du texte soumis à l’éditeur, sont appréciés divers paramètres :la capacité de l’auteur à se mouvoir dans les médias et à se comporter face au public, l’importance des réseaux informels ou officiels qu’il pourra mobiliser pour contribuer à promouvoir son livre, l’étendue de son œuvre à venir… C’est là une tendance générale qui traverse l’ensemble des industries culturelles : les créateurs sont amenés à prendre une part active dans la carrière commerciale de leur production.
L’auteur devenu romancier ex nihilo, en étant totalement étranger au milieu éditorial et à la pratique de l’écriture, ne correspond que très partiellement à la réalité des situations. Par ailleurs, la visibilité de l’auteur dans ses réseaux professionnels est une composante importante de la décision de l’éditeur, en ceci qu’elle détermine la légitimité de l’auteur et contribue aussi à assurer son audience, donc les ventes à venir.
Bonjour Sylvano, bonjour Carnetsparesseux, Je vous remercie d’avoir pris le temps de répondre aux questions de mon précédent article sur le roman-feuilleton. Ce nouvel article en guise de réponse commune puisque le contenu de vos commentaires va dans le sens d’une approbation à cette forme de publication en ligne, mais également pour poursuivre ma démarche dans ce questionnement. Si d’autres internautes veulent se joindre à nous ils sont les bienvenus.
La sérialisation, un avantage pour le numérique ?
Vous avez tous les deux répondu favorablement. Je pense également que la lecture numérique favorise la sérialisation des contenus. Les progrès concernant la publication en ligne permettent de publier un livre sous forme de saga à épisodes chaque semaine, dans la tradition de C.Dickens, Jane Austen, Alexandre Dumas, Eugène Sue, etc. C’est une forme de narration qui connaît beaucoup de succès actuellement.
La publication d’un contenu sous la forme d’épisodes semble connaître une renaissance dans notre société où règne l’instantanéité. Alors qu’aujourd’hui tout est disponible immédiatement et à portée de clic, la sérialisation oblige le lecteur à attendre, renforçant le suspense et fidélisant l’audience en créant de l’intérêt.
Comment fonctionne un roman-feuilleton ?
J’ai lu quelques articles ainsi que des extraits des grands romans-feuilletons du XIXe. J’en ai retenu deux règles essentielles :
N°1 : L’écriture du roman-feuilleton est déterminée par le rythme de la parution, en conséquence, la publication doit posséder un nombre à peu près constant de signes typographiques. J’avais pensé faire une publication bimensuel mais j’ai peur — comme le souligne carnetsparesseux — que le fil soit trop long entre les deux parutions et que le lien texte-lecteur soit rompu.
N°2 : Il faut maintenir l’intérêt du lecteur, il faut faire en sorte que ce qui est publié chaque semaine se termine sur un suspens. Ce qui a fait son succès au XIXe, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui un « cliffhanger », effet familier qui repose sur l’interruption du récit au moment où la tension est à son comble.
N°3 : Quel que soit le médium, la sérialité cache toujours une même intention : captiver le public, fidéliser le lecteur.
Cette forme de publication quotidienne en ligne est intéressante, à condition d’avoir terminé l’ensemble du roman à diviser en épisodes/tomes. Difficile de se lancer dans une telle aventure sans avoir préécrit l’ensemble. L’écriture est une tâche artistique mais surtout artisanale, aujourd’hui il me reste encore beaucoup de travail de relectures. Cependant je trouve que c’est une expérience à tenter. Les quatre premières parties des « Mystères de Paris » d’Eugène Sue ont paru dans le journal entre juin et décembre 1842, elles étaient préécrites. À l’origine, la parution dans le journal est conçue comme une prépublication : la destination du roman est avant tout son édition en volumes, au format in-octavo, ce qui explique la présence d’un chapitrage en plus du découpage en feuilletons.
Les Mystères de Paris
L’idée du roman-feuilleton m’inspire et m’inquiète à la fois, pour de multiples raisons, d’où mon article précédent et celui-ci.
Ce qui m’attire et m’inspire :
L’extension du lectorat. Il n’est pas facile de se faire connaître, d’être visible sur la toile où des milliers de livres sont publiés régulièrement. Il y a eu une démocratisation de la lecture constante et progressive tout au long du XIXe siècle grâce en partie au roman-feuilleton. Ce n’est qu’à la moitié du XIXe siècle que l’histoire littéraire dresse clairement une frontière entre les auteurs de roman « feuilletons » et les « grands auteurs » littéraires. Sainte-Beuve, « père de la critique littéraire », affichait un mépris hautain pour ce qu’il appelait non pas la littérature populaire, mais « industrielle ». Un peu ce qui se passe aujourd’hui entre l’édition à compte d’éditeur et l’autoédition.
C’est un genre populaire. Le roman-feuilleton a permis la lecture au plus grand nombre à une époque où l’analphabétisme était importante, il a développé un engouement pour la lecture qui jusque là n’était réservée qu’à une élite, l’aristocratie. La sérialité est intimement liée aux préoccupations économiques qui s’emparent de l’industrie culturelle de masse dans la première moitié du XIXe siècle, mais il ne faut pas réduire ce procédé à une simple stratégie mercantile visant à asservir le consommateur avide. Non seulement la sérialité a un impact décisif sur chacune des étapes allant de la création à la consommation du récit, mais elle est également à l’origine d’une esthétique singulière, qui ignore les préceptes sur lesquels reposent l’institution des belles lettres et l’idéal romantique.
Il a permis aux auteurs de vivre de façon plus régulière de leur plume. Les romans-feuilletons touchent une audience immense qui leur offrent de meilleures perspectives de rémunération.
Extension du public qui lit, goût de plus en plus manifeste pour le roman, démocratisation de la presse par l’abaissement du prix. Une série de facteurs qui nous permettent de comprendre pourquoi le roman-feuilleton est devenu un genre considérable.
Ce qui m’inquiète :
Le rythme de publication. Il faut trouver le bon.
Le temps limité entre les épisodes
L’interactivité. Le lecteur peut intervenir entre les publications. L’auteur qui rédige son œuvre au fur et à mesure des parutions successives, doit-t-il tenir compte des nombreux commentaires que ses lecteurs lui transmettent ? Personnellement je ne m’en sens pas capable.
Le suspense lié à la fonction d’argument de vente. Il faut tenir le lecteur en haleine, piquer sa curiosité, de manière à le fidéliser et à lui inculquer des habitudes de lecture.
L’importance du découpage, la composition des chapitres (épisodes). Démultiplication exponentielle des intrigues, qui se chevauchent et s’entremêlent dans le flot discontinu du récit. L’accumulation d’événements et de personnages qui donne lieu à des jeux de contrastes savamment orchestrés.
Soumis à une pression constante et à un rythme d’écriture insoutenable, l’auteur est souvent contraint de recourir aux services d’un pair, ces auteurs « nègres », presque toujours laissés dans l’ombre, qui aident à la rédaction du roman. À l’instar des multiples formes de plagiat qui envahissent l’industrie littéraire de l’époque, le recours à des auteurs multiples vise à accélérer le rythme de production et à faire en sorte que les délais imposés par le marché soient respectés. Voir l’ampleur de la contribution de « Maquet » dans les œuvres attribuées uniquement à « Dumas ». Une méthode de travail insolite, un rapport de complémentarité d’une incroyable efficacité.
Comment mettre le feuilleton à disposition du lecteur, où le vendre ?
Sur le blog ? Il faudrait mettre en place une application et c’est coûteux. Impossible à gérer.
Sur une plateforme de vente en ligne ? Amazon, Kobo/Fnac, Smaswords, iBooks, etc.
Ailleurs ? Si vous avez des idées…
Quel tarif par épisode ?
Tenir compte du coût au moment de sa publication au format broché, je pense que la somme de 2,99€ est raisonnable et correct.
Article un peu long, mais j’ai encore besoin de mettre ma réflexion au clair avant de me lancer dans l’aventure. C’est aussi un partage pour ceux qui écrivent et cherchent à publier différemment. Il reste à trouver la bonne manière de le diffuser et le bon rythme à adopter pour chacun (auteur et lecteurs).
Pour en savoir plus sur le roman-feuilleton : ¹ roman-feuilleton :Le roman-feuilleton naît en Angleterre au XVIIIe siècle, grâce à Daniel Defoe qui déchaîne les passions des lecteurs anglais avec les aventures de Robinson Crusoé. Il se développe en France dans les années 1830-1840 avec l’apparition d’une presse populaire bon marché. Il est alors le fruit d’une alliance ingénieuse et opportuniste entre des romanciers de talent et des directeurs de journaux qui trouvent, de part et d’autre, de grands avantages financiers à cette collaboration. Le premier roman-feuilleton publié, en 1836, est un roman de Balzac intitulé « La vieille fille ». Pourquoi ce type de roman s’appelle roman-feuilleton ? Ce terme a un rapport avec l’organisation de l’espace de la page du journal. On appelle feuilleton, en terme journalistique du XIXe siècle, la partie inférieure de la page du journal, le « rez-de-chaussée ». Une habitude s’est installée dans les années 1830 de consacrer le bas de cette page à l’impression de textes littéraires ; de là découle l’expression « roman-feuilleton ». On est passé du terme technique désignant l’emplacement, à la désignation du type de texte ainsi publié.
Mais même si Balzac est l’inventeur du genre, ce n’est pas lui qui compte parmi les grands auteurs de roman-feuilleton. Il y a une trilogie, assez facile à retenir : Alexandre Dumas, Eugène Sue et Frédéric Soulié. Ces auteurs vont occuper une place considérable dans la presse, puisque les chiffres de vente des quotidiens auxquels ils vendent leurs romans-feuilletons vont augmenter considérablement grâce à l’intérêt que présentent ces romans pour les lecteurs.Le roman-feuilleton est un phénomène économique ; c’est donc aussi un phénomène en rapport avec la sociologie de la littérature.
Je lisais tous les jours, dans Le Matin, le feuilleton de Michel Zévaco : cet auteur de génie, sous l’influence de Hugo, avait inventé le roman de cape et d’épée républicain. Ses héros représentaient le peuple ; ils faisaient et défaisaient les empires, prédisaient dès le XIVe siècle la Révolution française.
Sartre, Les Mots, 1964
D’Artagnan, Rodolphe, Lagardère, Rocambole, Pardaillan, Rouletabille, tous ces personnages et tant d’autres qui ont marqué notre adolescence ou notre jeunesse et que nous regrettions de ne guère entrevoir dans les histoires de la littérature alors même qu’ils avaient enthousiasmé et conquis un très vaste public entre 1836 et 1914, les voici enfin réhabilités et replacés dans leur contexte par Lise Queffélec.
Lise Queffélec, Le Roman-feuilleton français au XIXe siècle , coll. Que sais-je ? n° 2466
Les sites que j’ai découvert et qui m’ont aidée dans ma réflexion :
C'est en forgeant qu'on devient forgeron » proverbeC'est en écrivant qu'on devient écriveron » Raymond QueneauC'est en lisant qu'on devient liseron. » Maurice FombeureC'est en sciant que Léonard de Vinci » calembour
Bouleversement de la pratique littéraire : la cyberlittérature
De tous les arts, la littérature est celui qui a rencontré l’informatique le plus tôt. Aujourd’hui la commercialisation du livre électronique prend la dimension d’une véritable révolution culturelle comparable à la diffusion de l’imprimerie, à la naissance du roman-feuilleton dans la presse à grand tirage du XIXe siècle ou, à l’invention du livre de poche.
Le texte numérique est à l’origine d’un renouvellement radical des rapports auteur-texte-lecteur.
L’exemple de cette nouvelle situation est la renaissance du feuilleton sur Internet. L’écrivain Jacques Jouet a été le premier en France à publier chaque jour sur le site des éditions P.O.L. un des 245 épisodes de son roman « la République de Mek-Ouyes », tandis que Martin Winckler propose à ses lecteurs de leur envoyer chaque jour un épisode de son roman-feuilleton « Légendes ». L’auteure Chris Simon a récemment publié en séries « Lacan et la boîte de mouchoirs » – Un autre exemple appartenant au passé : en Juillet 2000, Stephen King lançait un défi au monde de l’édition en proposant à ses lecteurs de télécharger sur son site son nouveau roman « The Plant » à raison d’un dollar par épisode. Son expérience a pris fin prématurément pour des raisons que je ne vais pas développer ici, c’est un auteur à succès, pas le meilleur pour illustrer le propos de mon article.
Est-ce-que la reprise du roman-feuilleton qui a eu un énorme succès pour les auteurs au XIXe siècle ne serait pas une bonne méthode de publication numérique ? Ma question est celle-ci : Comment passer du mode invisible en mode visible ? Quelle est la meilleure stratégie à adopter pour être lu ? Le roman-feuilleton est-il un format idéal de publication en ligne ? N’est-ce-pas l’opportunité de toucher plus facilement des lecteurs ?
Chapitres publiés de façon régulière
Petit prix
Liberté du lecteur de poursuivre ou non l’aventure
Comment faire fonctionner un roman-feuilleton en ligne ? Quel rythme ? Une publication par chapitre ? Cette méthode est-elle susceptible de plaire aux lecteurs ?
Mes questions :(si vous avez le temps d’y répondre je vous en remercie d’avance)
Quel rythme de parution ?
Journalier – je trouve cela impossible, en tout cas pour moi.
Hebdomadaire
Mensuel
Bi-mensuel
Avec un nombre de pages chaque fois similaire ?
Pas de gratuité – tout travail mérite salaire – Mais un prix accessible à toutes les bourses – lequel ?
1€
1,50€
2€
Si le lecteur qui a lu le Chapitre 1 à 1,50€ n’est pas satisfait il n’est pas obligé de continuer l’aventure et n’a pas dépensé une fortune pour satisfaire sa curiosité. Par contre s’il a aimé l’épisode, il a rendez-vous régulièrement avec l’histoire jusqu’à son point final.
Dans la longue histoire de l’écrit, l’apparition de chaque nouveau support d’inscription du texte a généralement provoqué une modification des usages et des modes de lecture. La littérature a toujours été dépendante de ses supports et de ses moyens de production. La pierre gravée, le volumen, le codex, le livre imprimé, la machine à écrire, le traitement de texte ont tour à tour suscité des modes de lecture et d’écriture différents. Avec le support numérique, le changement est encore plus radical.
Le livre électronique séduit les habitués du livre en préservant certaines de ses caractéristiques essentielles. À l’inconfort de la lecture sur écran qui impose au lecteur de rester mal assis devant son ordinateur de bureau, il substitue les avantages de la mobilité. Il tient dans la main, peut s’emporter partout et offre une assez bonne lisibilité.
Pourquoi cette question : Aimeriez-vous lire un roman au format feuilleton ?
Je vais répondre par une question qui me turlupine, quel est le meilleur moyen de donner au lecteur l’envie de lire un auteur inconnu, de le découvrir, de découvrir ses écrits ? Les plateformes comme Amazon et Kobo/fnac (il y en a d’autres) ouvrent les portes de leur boutique aux auteurs indépendants, sans frais, sans investissement financier, mais elles sont géantes, ce sont de véritables labyrinthes où l’on se perd à peine y a-t-on posé les yeux. Sans compter qu’en France elles ont mauvaise réputation. Pourtant, ce sont les seules plateformes qui ne demandent pas d’investissement financier et qui donnent 70% du prix de vente du livre à l’auteur, et ce, de façon régulière, pas en fin d’année.
Comment un lecteur peut-il trouver le livre d’un auteur inconnu des médias et du monde littéraire au milieu de plusieurs centaines de milliers d’autres livres ?
Écrire est un long travail, passionnant, mais réalisable ; la mise en page peut s’acquérir avec quelques tutos et un logiciel efficace, la mise en ligne sur les plateformes de vente de livres au format epub est de plus en plus facile. Mais rien, absolument rien, ne peut garantir à un auteur que quelqu’un s’arrêtera devant la couverture de son livre — si belle soit-elle — pour le feuilleter et en lire ne serait-ce qu’un extrait.
Le temps de l’écriture, de la mise en page, de l’impression, de la mise en ligne ou en vitrine, est définissable ; le temps de la rencontre avec les lecteurs est toujours une plongée dans l’inconnu.
Pour un auteur célèbre, il y a des dizaines, voir des centaines d’auteurs anonymes sur le web. Quelle chance ont-ils de trouver leur public ? On a quelques exemples — où la réaction des lecteurs à un livre a été fulgurante, mais tout le monde sait que la règle générale est beaucoup moins exaltante ; la réaction arrive parfois plusieurs mois après la publication, voire plusieurs années ; il arrive parfois qu’elle ne se fasse pas du tout. Un domaine impossible à maîtriser pour un auteur, quelque soit son talent…
Certains penseront : Pourquoi ne pas soumettre — *Mettre dans un état de dépendance, proposer à l’examen, ramener à l’obéissance.Soumettre les rebelles — vos manuscrits à des éditeurs ? Pourquoi ne pas prendre le circuit classique de l’édition ? Je vous ai répondu en ce qui me concerne après l’ * ci-dessus.
Attendre le retour d’un improbable « comité de lecture » au mieux six mois après l’envoi d’un manuscrit ? Manuscrit qui, s’il a la « chance » d’être publié, le sera sans véritable travail de relecture et de correction, « trop coûteux » – Une fois publié au format livre broché il restera 3 semaines sur les rayons des libraires avant le retour à la case départ, pour finir au pilon. Toute cette mise en scène pour gagner à peine 5% des ventes — s’il y en a — ce n’est pas non plus un conte de fée. D’autant que les journaux, les revues littéraires, les auteurs déjà édités ne cessent d’écrire chaque année des articles sur leur précarité grandissante.
En se libérant des délais qu’impose le processus de fabrication des livres, la publication sur le web tend à abolir la distance entre l’auteur et ses lecteurs en rapprochant le temps de l’écriture de celui de sa lecture.
Parce qu’il a inventé le roman graphique Parce qu’il resta maître de son œuvre
Je fais suivre l’article parce que j’apprécie ses dessins mais surtout parce que cet artiste maîtrisait l’ensemble de la chaîne de production avec sa propre maison d’édition. Passionnant.
[…] Cas rare dans la bande dessinée, Will Eisner garda la main sur son œuvre, dont il négocia très tôt les droits. « The Spirit lui appartenait, et est toujours géré par sa famille, indique Jean-Pierre Mercier. Dans les années 60, Eisner monta sa propre maison d’édition, Poorhouse Press, afin de maîtriser l’ensemble de la chaîne de production de ses livres. Plus tard, il publiera des ouvrages sur la théorie de la bande dessinée, faisant un pas de côté pour réfléchir à son médium. […]